
عندماأحن إليك يا حجر
إلى فاقدي الأمل
إلى قاذفيك في وجه القدر
أرى وجوها شاحبة
في زي عسكري أخضر
أرى مالا أرى جاها
أرى صيتا يضاهي ضوء القمر
فليأخذوا المال و الجاه
وليقلعوا حتى الشجر
و ليتركوا لنا الحجر
J'ai esquissé une première description qui me semblait, somme toute, désespérante et désespérée. Alors, je vais tenter un "J'aime écrire et je me disais qu'au hasard d'un clic heureux, si l'envie est au rendez vous, nous partagerons quelques mots..."
Le contrat fut signé à la veille du début de la campagne des élections municipales. J’avais envie de traiter le sujet différemment. Mon idée consistait à essayer de comprendre les raisons qui poussaient les candidats à se présenter au suffrage ? Est ce l’envie d’œuvrer pour le bien de la communauté ? Ou est ce par mégalomanie qu’un candidat pense être celui qui stigmatiserait les attentes de ces concitoyens et apporter les solutions ad hoc à leurs préoccupations quotidiennes ?
Je m’étais entouré d’une équipe de journalistes à peine sortis d’école, cela avait le double avantage de représenter une charge salariale moins lourde (eh oui je suis devenu patron) et de me permettre de travailler avec des jeunes motivés et pas encore totalement pervertis par le système.
Mon carnet d’adresse m’avait permis d’avoir l’accord d’une demi douzaine de candidats toutes appartenances politiques confondues qui acceptaient d’être suivi durant leurs campagnes et d’accorder à mes reporters des PASS VIP pour qu’ils puissent les suivre partout, s’imprégner de l’âme de la campagne et être aux premières loges pour recueillir ces moments inédits d’espoir à la publication d’un bon sondage ou de doute à la sortie d’un article assassin, d’euphorie après un bain de foule enthousiaste. En somme, mes journalistes devaient être des éponges et ne perdre aucune miette du fabuleux spectacle qui allait s’offrir à eux. L’enjeu était qu’ils puissent, par la suite, livrer aux lecteurs la quintessence de cette aventure en essayant de suivre la ligne directrice que j’avais fixée.
Pour montrer l’exemple, j’ai décidé d’ouvrir le bal. Le candidat que j’ai choisi était l’aîné du secrétaire général du parti qui mène la majorité gouvernementale. Ce dernier avait préféré ne s’attribuer aucun portefeuille ministériel et clamait à qui voulait l’entendre que son rôle était de réhabiliter la pratique politique dans le pays. C’était, au passage, un bon ami, ou du moins il faisait partie de ceux que je considérais ainsi dans un milieu où chacun n’est motivé que par sa propre quête de pouvoir.
J’ai fait ma petite enquête et j’ai su que mon client avait écumé en vain les bancs de plusieurs universités prestigieuses et qu’il avait fini par décrocher un diplôme « Ukrainien » de pharmacie. A 35 ans, il n’était pas encore marié et préférait le comptoir des endroits à la mode à celui de sa pharmacie idéalement située dans le quartier des hôpitaux.
Notre première rencontre fut planifiée dans un lieu haut en signification politique. Le café de la bourse était l’endroit où le parti que son père dirigeait avait vu le jour cinquante ans auparavant. Les murs étaient jonchés de photos d’une jeunesse militante et pleine d’espoir.
J’aime me retrouver dans ce genre d’endroits chargés d’histoire. J’avais l’impression que j’allais apercevoir assis ou plutôt debout sur une table un de ces jeunes gens qui ont vécu cette époque bénie où tout était possible…
Je suis quelqu’un pour qui la ponctualité ne représente qu’une lourde contrainte et n’est au final qu’un détail insignifiant par rapport à l’immensité de l’univers et à sa complexité infinie. Ceci dit, au bout d’une heure et demi d’attente, j’avais fini d’imaginer la vie de tous ces imbéciles heureux collés sur les murs et commençais à trouver le temps outrageusement long.
Je ne voulais pas me laisser aller à des considérations réductrices et faire un raccourci hasardeux entre le temps passé à poiroter et le respect que me portait mon rendez-vous mais la situation se prêtait allègrement à ce genre de déduction.
Devant le succès de cette série, je me suis vu propulser au rang de reporter vedette de la rubrique politique. J’avais carte blanche, cela voulait dire que je devais faire plus attention que les autres. Carte blanche dans le jargon journalistique du pays équivaut à un ‘nous comptons sur ton autocensure !’.
J’avais bien compris le message, mais ma grande gueule ne pouvait rester muselée trop longtemps au risque de s’ouvrir de plus belle et de crier encore plus fort. J’ai eu ceci dit, la chance que les prémisses d’un vent de liberté d’expression commençaient à se laisser sentir.
Le gouvernement nouvellement élu, voulait officialiser la rupture avec ce qu’il appelait les années noires du régime. Les journalistes avaient le droit ou plutôt le devoir de dénoncer tout ce qui n’allait pas et cette énumération - je ne l’ai appris que bien plus tard - devait faire office d’état des lieux que pouvait utiliser le nouveau gouvernement pour expliquer l’immobilisme dans lequel le pays allait certainement se retrouver. Nous avions accès à pratiquement tout et partout dans le pays. J’ai donc hissé la grand-voile et glissé sur la vague.
Dans un pays qui accusait plus d’un demi siècle de mauvaise gestion, tout était pour moi du pain béni. J’accomplis mon rôle d’auditeur gouvernemental à la perfection, j’ai fait le tour de la majorité des ministères influents. L’ensemble des responsables que je sollicitais répondaient présents et essayaient d’éviter le plus possible la langue de bois.
J’ai pu passer au crible toutes les procédures et fait ressortir beaucoup de dossiers noirs de l’ancien régime ; malversations, corruption, mauvaise gestion, abus de biens et de pouvoirs…
Tous les anciens y sont passés. Des affaires vieilles de plus d’un quart de siècle ont refait surface et je me suis évertué à les faire correspondre aux causes de nos malheurs actuels.
J’étais la plume dénonciatrice par excellence. Chaque semaine apportait son lot de scoops et de scandales.
Cette euphorie dura près de trois années, durant lesquelles mon aura dépassa les frontières du pays et plusieurs chaînes internationales m’ont fait des offres à la manière du parrain « que je ne pouvais pas refuser ».
Quand je revois cette étape de ma vie, je ne regrette rien. J’ai peut être servi le régime mais je l’ai fait de bonne foi. J’aurais, peut être, du résister à cette inertie d’espoir populaire, j’aurais du m’arrêter un instant, prendre du recul, penser que cela était trop beau pour être vrai. Mais je me suis laissé aller à rêver et me suis presque auto persuadé par la possibilité pour un pays de connaître la renaissance. Et si c’était à mon pays que cela arrivait ? Et si c’était aujourd’hui que ce changement se produisait ?
J’ai encensé cette nouvelle pratique de la politique, cette nouvelle gouvernance, j’ai vanté les mérites de ce gouvernement qui a eu le courage de signer un nouveau pacte non pas avec le peuple comme entité presque réductrice mais avec chaque citoyen de cette nation. Aucun changement réel n’était perceptible mais j’y croyais tellement que je voyais dans chaque décision prise une rupture franche avec ce passé si terne.
Mon enthousiasme a été accueilli au sein de mon journal comme une connivence avec le gouvernement, comme un coup bas porté au cœur du parti qui m’avait recueilli à la sortie de l’institut et qui m’avait donné mes titres de noblesse dans la profession. Je n’avais aucune sympathie pour les responsables du parti, ils étaient tout ce que je voulais changer, ils représentaient tout ce que je voulais fuir. Aussi, n’avais-je pas hésité une seconde à leur remettre ma démission.
Parmi les offres que j’avais reçu, une émanait d’un groupe d’édition qui me proposait de monter mon propre quotidien, j’ai sauté sur l’occasion. J’allais devenir patron !!
Mes premiers articles furent d’une timidité affligeante, ils se bornaient à décrire un climat politique très flou où chacun allait de sa propre interprétation. Des dissensions en veux tu en voilà, des partis qui organisaient des congrès nationaux tous les six mois, d’autres qui s’ingéniaient à trouver des raisons pour en retarder la tenue le plus possible, des coups bas, des affaires sombres dont le fin mot relevait plus du mythe que du scoop…
Je me croyais dans une cour de maternelle, il y avait le fort un peu bêta traîné par le petit rusé, la petite fille belle comme un ange qui adorait terroriser tout le monde et se plaignait à la maîtresse en feignant un air de martyr, bref tout les ingrédients pour ne pas s’ennuyer mais rien pour espérer une démarche citoyenne et responsable.
Et puis, j’ai eu l’idée d’écrire une série d’article autour de l’intérêt que porte la rue aux sessions parlementaires. Comme je savais que personne ne les regardait sauf s’il y était obligé, J’ai décidé d’obliger les gens où du moins quelques personnes prises au hasard à regarder une séance et à en débattre par la suite ou du moins à livrer leurs impressions.
J’ai organisé, avec l’aval perplexe du chef de la rédaction des séances-parlementaires-party dans les locaux du journal. J’ai fait paraître une annonce et une fois par semaine, je recevais une dizaine de personnes parmi ceux qui y répondaient et nous regardions l’émission autour de verres de thé et de quelques petits gâteaux chaleureusement confectionnés par ma mère. « Le journal fournissait le local et le matériel mais je me débrouillais pour les amuse-gueules ».
Concernant le choix des candidats, je tiens à préciser que les gens ne se bousculaient pas pour participer à mon expérience, je prenais donc ceux qui daignaient répondre. Une seule sélection était de mise, aucun d’agent des forces de l’ordre quelque soit son unité d’appartenance ou son grade.
Les réunions se déroulaient selon un scénario quasi-identique, je commençais par expliquer pendant quelques minutes le principe de l’expérience en insistant sur le fait que rien de ce qu’ils pouvaient dire ne serait retranscris sous leurs identités, qu’il n’y avait pas de bonne ou de mauvaise attitude et que l’intérêt de l’expérience était de connaître le sentiment de chacun face à l’émission et qu’ils pouvaient véritablement se lâcher si l’envie les prenaient de le faire. J’annonçais, ensuite, le programme de la séance, questions orales, écrites, participation des ministres de tel ou tel ministère, discussion de projet de loi, vote …etc.
Je dois avouer que cette partie était la plus pénible pour tout le monde, c’est là où la plupart des gens commençaient à se dire « mais dans quoi je me suis embarqué ?». Mais j’avais une feinte !! C’est à cet instant que mon assistant entrait en jeu. En l’occurrence, il s’agit de mon frère qui au lieu de s’ennuyer devant la télé venait m’aider pendant ses vacances d’été. Il faut dire que les gâteaux de ma mère étaient sublimes, dès qu’il frappait à la porte, je sortais ma réplique phare : « j’arrête de vous embêter avec toutes ces idioties auxquelles même moi je ne comprend rien et place à quelque chose de plus joyeux ! ». Le visage radieux, haut de ses 19 ans, mon frère apportait les deux plateaux fraîchement sortis du four par la chef ! Il était mignon ce grand gaillard un peu gauche, d’ailleurs, je lui interdisais de servir le café à cause de cette maladresse. Je voyais le regard des femmes qui l’enviaient à ma mère et celui des demoiselles qui auraient bien troqué cette séance contre une balade en bord de mer avec lui. A ce moment fatidique, je sortais une série de « tberk Allah » et « sayakfikahoumou Allah » que ma mère m’avait expressément demandé de répéter à cinq reprise à chaque fois que je repérais des regards envieux afin de chasser le mauvais oeil. Je servais ensuite le thé pendant que mon frère distribuait les gâteaux. Pendant le service, j’essayais un peu de jauger les participants pour avoir leurs réactions avant le début de l’expérience. La plupart restaient sur la défensive, ce qui était très normal dans une société qui a appris à se méfier de tout et de tout le monde.
J'espère que cet essai va vous plaire, si vous voulez la suite, faites le savoir s'il vous plait.
« Je n’écrirai rien ce soir ! » L’inspiration m’ayant quitté, je préfère renoncer, c’est sans doute plus sage ! Bien sur, je pourrais m’entêter et pousser l’obstination jusqu’à user le filon comme font ces chercheurs d’or qui, en désespoir de cause, décident de tamiser pour la nième fois le tas qu’ils se sont évertués à passer au peigne fin durant des jours mais mon amour propre et ma hantise de la médiocrité me l’interdisent.
Je me décide de me traîner jusqu’au balcon et en griller une en attendant que « ça » se passe.
La nuit est étrange, en temps d’inspiration, elle est amante fidèle mais ce soir elle est si froide, elle repousse mes avances et tente de se débarrasser de moi au plus vite. Elle doit sûrement haïr ceux qui renoncent, en tout cas, elle fait tout son possible pour me le faire comprendre.
Les rafales d’un vent glacial se succèdent et ne sont entrecoupés que par les cris de la très solennelle dispute biannuelle de mes voisins pourtant si calmes quand le mari ne rentre pas ivre mort. Et dire qu’il s’était rangé après son retour de la Mecque et que ses pieds avaient oublié le chemin du bar ! Décidemment, la mémoire pédestre est tenace !
Cette brève diversion prend fin et je retourne à ma réflexion première avec la force de cette nouvelle bourrasque qui vient me flageller le visage « Brrrrrrrrrrrrrrr …»
Donc « je n’écrirai rien ce soir» disais-je, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi continuer à écrire tout court ? Si ce n’est que c’est mon gagne pain et qu’il offre des satisfactions et quelques petits avantages que rares sont les métiers conventionnels à pouvoir assurer.
Je suis ce qu’on appelle communément « un journaliste ». Sans réel fibre pour le travail d’investigation ni flair infaillible pour dénicher l’information avant les autres, mon réel talent est d’arriver à dénoncer systématiquement tout ce qui ne va pas autour de moi et donc autour du citoyen moyen.
Cette honorable vocation m’a généreusement accueillie au hasard des candidatures semées bon gré mal gré après l’obtention de ma maîtrise en communication. J’ai été surpris de recevoir ma lettre d’admission à l’institut de formation aux métiers de l’information et au vu de l’absence totale de réponses de la part des entreprises que j’ai sollicitées, je me suis docilement décidé à intégrer ce prestigieux institut.
J’ai tout de même une qualité nécessaire même si elle n’est pas forcément suffisante pour faire ce métier ; j’ai la fâcheuse tendance de toujours l’ouvrir grand quand il vaut mieux imiter les carpes et de dire tout haut ce que tout le monde ose à peine chuchoter même en comité restreint. Cette réputation qui m’a valu d’être un enfant hyperactif, un adolescent extrêmement difficile et un étudiant sans discipline allait me permettre de décrocher mon premier poste de rédacteur dans une publication quotidienne à gros tirage.
Je vous passe les détails mais il se trouve que le parti qui finance ce journal venait de perdre les élections après avoir participé à tous les gouvernements des deux dernières décades et il était en pleine restructuration en ce qui peut s’apparenter à un parti d’opposition.
Mon franc parler durant les entretiens a du être du meilleur effet sur mes interlocuteurs surtout quand j’ai entamé une critique certes populiste mais très virulente concernant les raisons de l’échec du parti. J’avais fini mon élocution par « charité bien ordonnée commence par soi même » ce à quoi le rédacteur en chef avait rétorqué que la charité serait de me botter les fesses et me jeter dare-dare hors de son bureau puis il est parti dans un rire rauque qui s’est terminé en toux grasse.
Quelques jours après, j’ai reçu ma carte de presse et toutes mes accréditations et suis devenu officiellement reporter à la rubrique politique.